L’Afrique et les coups d’Etat, c’est un peu comme l’histoire de l’œuf et de la poule : on ne sait plus trop bien qui a engendré l’autre, mais toujours est-il que ces deux-là, plus qu’ailleurs, v de pair. Ce d’autant plus que les coups d’Etat sont tout autant diversifiés, nuancés, presque différentiés mais au final, aboutissent à la même conclusion : ils portent un coup… à l’Etat (ouais, c’est bête).
Il y a le coup d’Etat à l’« ancienne », celui opéré par des forces de l’ordre ou tout au moins une milice armée, qu’elle soit « légale » ou « rebelle ». Malgré les gesticulations de l’(éphémère) Union Africaine dont les « sanctions » font autant de mal qu’une caresse à un chat, malgré les condamnations d’une Communauté dite internationale qui ne restent rien d’autres que des vœux pieux, ils ont encore cours dans le continent noir. Dernier exemple en date : la Mauritanie, qui, en l’espace de trois ans, vient de vivre deux putschs militaires, le dernier datant de moins de deux mois. Comme toujours, l’armée prétend défendre la démocratie et rétablir l’Etat de droit. Comme toujours elle promet une neutralité dans la gestion d’une transition qu’elle assure être apaisée et temporaire. Comme toujours elle dit, la main sur le cœur (ou plutôt sur le fusil…), que des élections libres, pluralistes et transparentes seront faites dans les plus brefs délais. C’était déjà la rhétorique à Nouakchott en 2005 lors du renversement d’Ould Taya, alors en voyage à l’étranger. Cela n’a cependant pas empêché cette même armée de mettre prématurément fin au régime d’Ould Cheick Abdallahi, pourtant issu de l’expression populaire et démocratique un an et demi plus tôt. Quid du peuple, de sa volonté et de ses aspirations ? Le général Ould Mohamed Valls, l’homme fort de la gunte, affirme pourtant se nourrir de la « colère du peuple envers le précédent régime »...
Il y a des coups d’Etat… particuliers. Dans ce sens que l’Etat est pris en otage, contre toute règle constitutionnelle élémentaire qui impose une convocation régulière du corps électoral pour le choix de ses élus. Le cas de la Cote d’Ivoire illustre parfaitement ce propos. Trois ans déjà que les élections auraient dû avoir lieu. Trois ans pendant lesquels aussi bien le régime en place que la rébellion ont semblé être de connivence pour perpétuer cette situation de « Ni guerre, ni paix » où chacun y gagne : pour les uns des royalties et des gombos juteux, pour les autres l’exercice du pouvoir ad vitam eternam. Et tant pis pour le peuple, son patriotisme, sa patience et sa persévérance. De fait, Laurent Gbagbo, homme au demeurant charismatique et plein de qualités, s’impose de gré ou de force à la tête du pays au détriment de la loi…
Un autre type de coup d’Etat est en vogue dans le continent, le coup d’Etat électoral. Pas besoin de s’attarder sur les conditions d’organisation d’élections dans bon nombre de pays africains. Cependant une nouvelle mode est apparue, celle des gouvernements d’Union nationale ou le tyran sortant, au terme d’une victoire électorale très contestable, partage le pouvoir (le plus souvent sous la forme d’un poste de vice-président ou de Premier ministre) avec son principal opposant. La République Démocratique du Congo a ouvert le bal il y a quelques année. Rien que pour l’année 2008, le scénario s’est répété d’abord au Kenya puis tout récemment au Zimbabwe. Des cas similaires, ou le président sortant, refusant objectivement le résultat des urnes, s’accroche au fauteuil présidentiel envers et contre tout. Et comme ses pairs africains, suspendus à l’idée peu réfléchie de « résolutions des conflits africains par des Africains » dont ils en tirent une fierté saugrenue, sont peu enclins à renvoyer leur camarade membre du « Syndicat des Chefs d’Etat » qu’on appelle Union Africaine à ses responsabilités (à savoir admettre sa défaite), on se retrouve dans des situations cocasses où il est question de faire cohabiter au sein d’un même gouvernement des partis au passé houleux, haineux voire conflictuel. Ceci est encore plus inacceptable dans la mesure où, dans le cas kenyan comme zimbabwéen, l’opposition avait acquis la majorité au Parlement et pouvait, par conséquent, constituer un gouvernement sans l’aval du parti présidentiel. En théorie du moins… tout ceci laisse augurer d’autres coups d’Etat de ce type sur le continent, où il suffira pour un président sortant en mal d’alternance de s’accrocher au pouvoir et que ses pairs accourent et proposent la solution stéréotypée du gouvernement d’Union nationale. Et le choix du peuple dans tout ça ?
Ce dimanche 21 septembre 2008, l’on a assisté en Afrique du Sud à un évènement peu commun. Contraint par l’instance dirigeante de l’ANC (Congrès National Africain), parti au pouvoir et largement majoritaire au Parlement, Thabo Mbeki, le successeur de l’emblématique Nelson Mandela en 1999, a remis sa démission sept mois avant la fin de son deuxième mandat au cours d’un dernier discours à la nation, respectant, dixit, la volonté de sa famille politique. Une passation démocratique quoi… enfin, pas tant que ça. Le peuple, tout compte fait, a assisté aux évènements sans qu’on lui demande son avis et se voit imposer un président de transition avant l’avènement, comme dans un scénario déjà écrit, de Jacob Zuma en mai ou en juin 2009. Tellement prévisible qu’au-delà du motif connu de cette démission (règlement de comptes sur fond de rivalité entre les partisans de Mbeki et les pro-Zuma), ce sont surtout la puissance et l’hégémonie de l’ANC qui interrogent. Ce parti est si dominateur sur l’échiquier politique sud-africain qu’au vu de ce qui s’est produit, de cette propension à décider en conclave partisan de la marche du pays et à l’imposer sans opinion contraire ni contestation aucunes, l’on vienne à se demander qui de l’Etat ou de l’ANC est au-dessus de l’autre. Et même si l’Afrique du Sud est considérée comme une démocratie, ce coup d’Etat (parce que c’en est un !) est inquiétant dans le sens où cette situation qui s’apparente à une dérive autoritaire pourrait faire jurisprudence dans d’autres pays du continent où, à l'opposé, la notion de parti politique est synonyme de louanges cristallisées autour d’un « Camarade-Président » érigé presque en dieu vivant. Pas sûr que l’Etat soit épargné dans son intégrité les cas échéants…
Ainsi vont les coups d’Etats en Afrique, dont l’espérance de vie est supérieure à celle de bon nombre d’Africains. Autant se rendre à l’évidence et prier juste que l’essentiel (à savoir le bonheur du peuple) soit sauf, bien que, au regard de la situation actuelle, il y a très peu de raisons d’espérer…
Fait à Yaoundé, le 23 septembre 2008.
long time!!
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